Perte d’autonomie ou inaptitude : quelle est la différence?

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Votre parent a maintenant besoin d’aide pour préparer ses repas, faire ses courses ou entretenir son domicile. Peut-être a-t-il cessé de conduire ou qu’un proche l’accompagne désormais à ses rendez-vous. Vous constatez qu’il est moins autonome qu’avant et une question commence à se poser : est-il devenu inapte?

Pas nécessairement.

La perte d’autonomie et l’inaptitude sont deux réalités différentes, même si elles peuvent parfois être présentes simultanément. Comprendre ce qui les distingue permet de mieux évaluer la situation d’un proche âgé et de savoir à quel moment des démarches de protection pourraient devenir nécessaires.

Qu’est-ce que la perte d’autonomie?

La perte d’autonomie désigne généralement une diminution de la capacité d’une personne à accomplir seule certaines activités de la vie quotidienne.

Avec l’âge, une personne peut par exemple avoir besoin d’aide pour :

  • préparer ses repas;
  • faire son épicerie;
  • entretenir son domicile;
  • se déplacer;
  • prendre ses médicaments;
  • effectuer certaines tâches administratives;
  • assurer ses soins personnels.

Cette perte d’autonomie peut être progressive ou survenir à la suite d’un changement dans l’état de santé.

Elle peut être liée à des limitations physiques, à une maladie, à des difficultés cognitives ou simplement à une combinaison de plusieurs facteurs associés au vieillissement.

Avoir besoin d’aide ne signifie toutefois pas qu’une personne est incapable de prendre ses propres décisions.

C’est là que se trouve une distinction importante avec l’inaptitude.

Qu’est-ce que l’inaptitude?

L’inaptitude concerne la capacité d’une personne à prendre soin d’elle-même ou à administrer ses biens.

Une personne peut être considérée comme inapte lorsqu’elle n’est plus en mesure de comprendre suffisamment une situation, de prendre certaines décisions ou d’en mesurer les conséquences dans ces sphères de sa vie.

L’inaptitude ne se détermine donc pas simplement en observant ce qu’une personne est physiquement capable de faire seule.

Prenons un exemple.

Une personne âgée pourrait avoir besoin d’aide pour prendre son bain, préparer ses repas et se déplacer à l’extérieur de son domicile. Elle pourrait néanmoins comprendre parfaitement sa situation financière, prendre des décisions éclairées et exprimer clairement ses volontés.

Elle présente une perte d’autonomie, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle est inapte.

Peut-on être autonome et tout de même présenter des difficultés importantes?

La situation inverse mérite également d’être considérée.

Une personne peut sembler relativement autonome dans son quotidien : elle s’habille seule, prépare ses repas, entretient son logement et converse normalement avec son entourage.

Pourtant, des difficultés cognitives peuvent affecter sa capacité à gérer certains aspects plus complexes de sa vie.

Elle pourrait, par exemple :

  • ne plus comprendre certaines transactions financières;
  • effectuer des achats inhabituels ou répétés;
  • oublier régulièrement de payer ses comptes;
  • être particulièrement vulnérable à la fraude;
  • prendre des décisions financières dont elle ne comprend plus les conséquences;
  • avoir de la difficulté à comprendre certaines informations importantes.

L’apparence d’autonomie ne permet donc pas, à elle seule, de déterminer les capacités d’une personne.

C’est pourquoi il faut regarder la situation dans son ensemble.

Inaptitude à prendre soin de sa personne et inaptitude à administrer ses biens

Une autre distinction est particulièrement importante : l’inaptitude peut toucher différentes sphères.

L’inaptitude à prendre soin de sa personne

Elle concerne notamment la capacité d’une personne à comprendre et à prendre certaines décisions qui touchent son bien-être, sa sécurité et ses besoins personnels.

L’inaptitude à administrer ses biens

Elle concerne plutôt sa capacité à gérer ses finances, ses biens et ses affaires de façon adéquate.

Une même personne peut présenter des capacités différentes dans ces deux sphères.

C’est une nuance importante, puisque l’objectif d’une mesure de protection n’est pas de retirer inutilement à une personne la possibilité de prendre des décisions qu’elle est encore capable de prendre.

L’évaluation doit permettre de comprendre où se situent réellement ses capacités et ses besoins de représentation.

Alzheimer et troubles neurocognitifs : diagnostic ne signifie pas automatiquement inaptitude

Cette confusion est particulièrement fréquente lorsqu’un diagnostic de maladie d’Alzheimer ou d’un autre trouble neurocognitif est posé.

Un diagnostic médical est évidemment une information importante, mais il ne signifie pas automatiquement que la personne est inapte.

Les troubles neurocognitifs peuvent évoluer de façon différente d’une personne à l’autre. Certaines capacités peuvent également être préservées plus longtemps que d’autres.

Une personne vivant avec un trouble neurocognitif peut donc continuer, pendant un certain temps, à comprendre sa situation et à prendre plusieurs décisions qui la concernent.

À l’inverse, l’évolution de la maladie peut éventuellement entraîner des difficultés suffisamment importantes pour que sa capacité à prendre soin d’elle-même ou à administrer ses biens doive être évaluée.

C’est la situation réelle de la personne et ses capacités qui doivent être considérées, et non uniquement son diagnostic.

Quels changements devraient attirer l’attention des proches?

Il n’existe pas une liste de comportements qui permettrait à une famille de conclure elle-même qu’un parent est inapte.
Certains changements peuvent toutefois indiquer qu’il serait pertinent de s’informer davantage.

Par exemple :

  • une détérioration importante dans la gestion des finances;
  • des factures qui demeurent impayées malgré les ressources disponibles;
  • des décisions inhabituelles qui mettent les biens de la personne à risque;
  • une vulnérabilité nouvelle ou importante face à la fraude et à l’exploitation;
  • des difficultés à comprendre les conséquences de certaines décisions;
  • une désorganisation qui compromet sa sécurité ou la réponse à ses besoins essentiels;
  • des changements cognitifs importants;
  • une difficulté croissante à comprendre sa propre situation.

Un événement isolé ne signifie pas nécessairement qu’une personne est inapte. C’est souvent l’accumulation, la fréquence et les conséquences des difficultés observées qui amènent l’entourage à se questionner.

Qui détermine si une personne est inapte?

Ce n’est ni un enfant, ni un conjoint, ni la travailleuse sociale seule qui décide qu’une personne est juridiquement inapte.

Dans le cadre d’une démarche visant l’homologation d’un mandat de protection ou l’ouverture d’une tutelle au majeur, la situation doit notamment être documentée par deux évaluations complémentaires : une évaluation médicale et une évaluation psychosociale.

Le médecin apporte son expertise concernant l’état de santé et l’inaptitude de la personne.

La travailleuse sociale réalise pour sa part l’évaluation psychosociale. Elle considère la personne dans son environnement et documente notamment ses capacités, son autonomie, ses besoins de représentation et de protection, son réseau de soutien ainsi que ses volontés et ses préférences.

Ces évaluations permettent d’obtenir un portrait beaucoup plus complet que la seule présence d’une maladie ou d’une perte d’autonomie.

À quel moment faut-il envisager des démarches de protection?

Le fait qu’un parent ait besoin d’aide ne signifie donc pas qu’il faut immédiatement faire homologuer son mandat de protection ou demander l’ouverture d’une tutelle.

La question devient davantage pertinente lorsque ses difficultés affectent sa capacité à prendre soin de lui-même ou à gérer ses biens et qu’un besoin de représentation commence à apparaître.

Si votre parent a préparé un mandat de protection, aussi appelé mandat d’inaptitude ou mandat en cas d’inaptitude, celui-ci devra être homologué avant de pouvoir entrer en vigueur.

S’il est inapte et qu’aucun mandat de protection ne peut être homologué, une tutelle au majeur peut notamment être envisagée.

Les mesures de protection doivent cependant correspondre aux besoins réels de la personne. L’objectif n’est pas d’intervenir plus que nécessaire, mais de lui offrir la représentation dont elle a besoin tout en préservant autant que possible son autonomie, ses droits, ses volontés et ses préférences.

Accompagner sans décider trop vite à la place de son parent

Pour les proches, la frontière entre aider et devoir prendre en charge certaines décisions peut être difficile à déterminer.

Il peut être tentant de conclure qu’un parent « n’est plus capable » parce qu’il fait les choses différemment, oublie certains détails ou a besoin de davantage de soutien.

Mais le vieillissement et la perte d’autonomie ne font pas disparaître le droit d’une personne de faire ses propres choix.

Prendre le temps de distinguer ce qu’elle ne peut plus faire seule, ce qu’elle peut faire avec du soutien et ce qu’elle demeure capable de décider elle-même permet d’avoir une vision beaucoup plus juste de sa situation.

Et lorsqu’un doute réel demeure quant à ses capacités, les évaluations professionnelles permettent d’aller plus loin.

Besoin d’une évaluation psychosociale à Québec?

Vous observez des changements importants chez un parent âgé et une démarche d’homologation d’un mandat de protection ou d’ouverture d’une tutelle doit être entreprise?

Je réalise des évaluations psychosociales auprès des personnes âgées dans la région de Québec. Mon rôle est de dresser un portrait professionnel et nuancé de la situation de votre proche afin de documenter ses capacités et ses besoins de représentation.

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